Victime d'une infection nosocomiale en 2026 : ce que personne ne vous explique avant la CCI
Vous entrez à l'hôpital pour une opération "de routine", vous en ressortez avec une infection nosocomiale qui s'éternise, des séquelles, et un discours institutionnel feutré. Entre la CCI, l'ONIAM et des expertises parfois biaisées, 2026 ne change rien à ce vieux réflexe : minimiser votre accident médical. Autant savoir à quoi vous allez réellement faire face.
2026 : les infections nosocomiales, un vieux scandale qu'on supporte en silence
On pourrait croire qu'après le Covid, l'hôpital français aurait tiré toutes les leçons possibles en matière d'hygiène et d'infections associées aux soins. La réalité est plus rugueuse. Les derniers chiffres publics tournent, année après année, autour de la même estimation : plusieurs dizaines de milliers de patients développent une infection nosocomiale en France, chaque année, dont une partie avec des conséquences graves, parfois mortelles.
Les autorités sanitaires publient des indicateurs, des tableaux de bord, des plans d'action. C'est utile. Mais pour la personne qui, aujourd'hui, se retrouve avec une prothèse de hanche infectée, une septicémie, une colostomie imprévue, ces chiffres ont un goût amer. Elle découvre un système qui, tout en parlant de transparence, se crispe dès qu'il s'agit d'indemniser correctement le dommage.
En 2025, plusieurs décisions de justice ont encore rappelé que les établissements de santé restent objectivement responsables des infections nosocomiales, sauf exceptions très encadrées. Sur le papier, la protection du patient semble solide. Dans les faits, sans accompagnement médico‑légal, beaucoup de victimes s'égarent dans le labyrinthe CCI/ONIAM.
CCI, ONIAM : comment le dispositif est censé fonctionner
Reprenons rapidement la mécanique, telle que présentée par les sites officiels comme service-public.fr :
- en cas d'accident médical, d'infection nosocomiale ou d'aléa thérapeutique grave, vous pouvez saisir la Commission de Conciliation et d'Indemnisation (CCI) ;
- la CCI mandate un expert médical, rédige un avis sur l'existence d'une faute, le rôle de l'établissement, la gravité du dommage ;
- si une faute est retenue, l'assureur de l'établissement doit vous indemniser ;
- en l'absence de faute, mais si le dommage est anormalement grave, l'ONIAM peut intervenir au titre de la solidarité nationale.
Sur le papier, c'est un dispositif protecteur, simplifié, gratuit. En pratique, c'est souvent une machine à sous‑estimer la réalité de votre vie après l'infection. Et surtout, un espace où le patient arrive seul, nu juridiquement, face à des institutions qui maîtrisent parfaitement le terrain.
Sur le site, l'article Erreur médicale aux urgences : pourquoi la CCI ne suffit pas toujours aborde déjà un pan de cette problématique. Les infections nosocomiales la poussent simplement à son paroxysme.
Ce qu'on ne vous dit pas avant d'entrer dans la procédure
On vous explique le formulaire, les délais, l'"impartialité" des experts mandatés. Mais on tait soigneusement plusieurs réalités très concrètes :
- vous êtes évalué par un expert que vous n'avez pas choisi, souvent proche des réseaux institutionnels ;
- votre vécu quotidien (douleurs, fatigue, impossibilité de reprendre votre métier) est réduit à quelques lignes ;
- la gravité de votre dommage est mesurée avec une grille, la fameuse échelle de gravité, qui laisse peu de place aux situations "entre deux" ;
- si vous n'êtes pas assisté par un médecin‑conseil de victimes, personne ne plaide réellement votre cause dans la discussion médico‑légale.
Combien de fois ai‑je vu des dossiers où une patiente expliquait, en pleurant, qu'elle ne pouvait plus marcher plus de 200 mètres, qu'elle avait perdu son emploi, que son couple vacillait, et où le rapport d'expertise résumait cela par : "gêne modérée à la marche prolongée, retentissement modéré sur la vie quotidienne" ?
Infection nosocomiale : faute ou pas faute, la question mal posée
Les infections nosocomiales obéissent à un régime spécifique : la responsabilité de l'établissement est présumée, ce qui est plutôt protecteur en théorie. Mais la pratique s'est compliquée ces dernières années, avec des débats techniques de plus en plus serrés sur :
- l'état immunitaire préalable du patient ;
- la flore microbienne déjà présente ;
- la part de responsabilité des soins de ville après la sortie ;
- les fameux "facteurs de risque" que l'on vous retourne comme un boomerang.
La tentation est grande, pour certains établissements, de diluer la responsabilité : oui, il y a infection, mais elle serait avant tout liée à votre diabète, votre obésité, votre traitement immunosuppresseur. On déplace le centre de gravité du problème, comme si l'hôpital n'était qu'un décor.
Or, c'est précisément dans ces zones grises que l'intervention d'un médecin‑conseil indépendant prend tout son sens. Sur la page Expertises, une idée centrale est rappelée : il ne suffit pas de constater une infection, il faut démonter, point par point, le raisonnement qui cherche à l'externaliser.
2025‑2026 : des bactéries plus résistantes, des expertises plus dures
La France, comme le reste de l'Europe, voit progresser l'antibiorésistance. Ce n'est pas un fantasme : les rapports de Santé publique France, accessibles sur santepubliquefrance.fr, montrent une proportion croissante de bactéries multirésistantes impliquées dans les infections associées aux soins.
Conséquence directe : les infections sont plus difficiles à éradiquer, plus longues, plus mutilantes. Pourtant, paradoxalement, certains rapports d'expertise continuent de traiter ces complications comme si l'on était encore dans les années 1990 : quelques mois de traitement, cicatrices "modérées", retentissement "limité".
Ce décalage entre la gravité biologique réelle et la façon dont on la traduit en points de séquelles est un scandale discret. Et tant que les victimes continuent d'arriver seules à l'expertise, il perdurera.
Une histoire qui résume tout : la prothèse de hanche jamais vraiment "oubliée"
Permettez‑moi une histoire, tellement fréquente qu'elle en devient presque un archétype. Une femme d'une soixantaine d'années, opérée d'une prothèse totale de hanche en région parisienne. Intervention programmée, bilan préopératoire rassurant, retour à domicile prévu en quelques jours.
Au cinquième jour, fièvre, douleur brutale, cicatrice inflammatoire. On rassure : "petite infection superficielle". Antibiotiques. La fièvre remonte. Finalement, réintervention, lavage, prélèvements. Les résultats tombent : infection profonde de la prothèse, germe multirésistant. S'ensuivent des mois de traitement, des hospitalisations à répétition, une ablation temporaire de la prothèse, la peur constante de l'amputation.
Sur le plan humain, c'est un tremblement de terre : arrêt de travail prolongé, perte d'autonomie, impossibilité de conduire, isolement social. Sur le plan administratif, la première proposition d'indemnisation, après passage en CCI, se contente de reconnaître un "déficit fonctionnel permanent modéré".
Ce type de dossier, je le vois trop souvent. Et trop souvent, la victime, épuisée, finit par se dire que c'est "mieux que rien". C'est précisément là que je me permets d'être tranchant : non, ce n'est pas mieux que rien. C'est indigne au regard de ce que la réparation juridique du dommage corporel devrait être.
Le rôle concret du médecin‑conseil de victimes dans une infection nosocomiale
Dans ces dossiers, mon travail - et celui de tout médecin‑conseil vraiment indépendant - n'est pas de fantasmer des préjudices. C'est de :
- reprendre l'intégralité du dossier médical (dossiers d'hospitalisation, comptes rendus opératoires, antibiogrammes, comptes rendus infectiologiques) ;
- reconstituer la chronologie précise : apparition des symptômes, retards éventuels, erreurs de prise en charge ;
- documenter chaque poste de préjudice selon la nomenclature Dintilhac ;
- préparer avec vous l'expertise CCI, en vous expliquant les pièges récurrents ;
- être présent le jour J pour défendre, point par point, ce que vous ne pouvez pas formuler seul.
Les étapes générales de cette démarche sont détaillées sur la page d'accueil dans la partie Les étapes de l'expertise indispensables dans l'indemnisation : consultation, rapport d'expertise, accompagnement à l'expertise. Pour les infections nosocomiales, ces étapes sont simplement poussées au maximum de la rigueur, parce qu'en face, les défenses sont très rodées.
Ne confondez pas compassion clinique et engagement médico‑légal
Beaucoup de patients me racontent qu'ils ont été "très bien traités" par les équipes soignantes, humainement, au plus fort de l'infection. Je n'en doute pas. Le problème, c'est la façon dont ce vécu est ensuite transcrit - ou plutôt effacé - dans les procédures d'indemnisation.
Un chirurgien peut être sincèrement désolé de ce qui vous arrive, tout en évitant soigneusement d'écrire, noir sur blanc, ce qui permettrait d'engager la responsabilité de l'établissement. Ce n'est pas nécessairement de la malveillance. C'est un réflexe de survie dans un système saturé, où chaque mot peut être retourné en contentieux.
C'est donc au médecin‑conseil de victimes de prendre le relais, sans agressivité inutile mais sans complaisance. Le but n'est pas de crucifier l'hôpital, c'est de faire reconnaître, avec précision, l'étendue du dommage. Cette nuance, j'y tiens, parce que c'est elle qui rend le dialogue encore possible, y compris avec les confrères d'en face.
Infection nosocomiale et saisonnalité : l'hiver, ce piège discret
Nous sommes en plein hiver 2025‑2026. C'est aussi la période où les services hospitaliers sont saturés : bronchiolites, grippes, Covid résiduel, exacerbations de pathologies chroniques. Les équipes sont à flux tendu, les lits tournent plus vite, les mesures d'hygiène s'usent sous la fatigue.
C'est précisément dans ces moments‑là que les infections nosocomiales explosent. Les chambres doubles sont maintenues, les transferts se multiplient, certains protocoles sont appliqués "à la va‑vite". On ne le dira pas dans les communiqués officiels, mais au lit du malade, on le voit tous les jours.
Si votre infection est survenue dans ce contexte hivernal, il est utile de le rappeler, y compris dans une perspective d'expertise. Non pas pour accabler, mais pour replacer l'événement dans une réalité structurelle : vous n'êtes pas une anomalie statistique, vous êtes le produit d'une organisation en tension permanente.
Pourquoi la CCI ne doit pas être votre seul horizon
La CCI a une vertu : elle permet, parfois, des résolutions plus rapides et moins coûteuses qu'un contentieux judiciaire. Je dis bien : parfois. Dans d'autres situations, son avis sert surtout à verrouiller le dossier sur une lecture minimaliste du dommage.
Rien ne vous oblige à vous en contenter. Après un avis CCI décevant, il reste possible de :
- solliciter une contre‑expertise, notamment avec l'appui d'un médecin‑conseil de victimes ;
- saisir la juridiction compétente, avec un avocat rompu au dommage corporel ;
- négocier, mais sur la base d'une analyse chiffrée solide, pas d'un "geste" symbolique.
Les collaborations régulières avec des cabinets d'avocats spécialisés, telles que décrites sur la page d'accueil du site Dr Sébastian Marciano - Médecin‑conseil de victimes d'accidents, prennent ici toute leur dimension. Le médico‑légal et le juridique ne sont pas deux mondes séparés : ils doivent se parler, au bénéfice de la victime.
Si vous êtes concerné aujourd'hui, concrètement, que faire ?
Si vous lisez ce texte en sortant à peine de l'hôpital, avec une infection en cours ou tout juste jugulée, vous êtes probablement épuisé. On ne va pas se mentir : vous n'avez ni l'énergie ni le recul pour décortiquer seul votre dossier. Mais vous pouvez déjà poser quelques jalons simples :
- demander et conserver l'intégralité de vos comptes rendus d'hospitalisation, de laboratoire, d'imagerie ;
- noter, de façon chronologique, les dates clés (apparition des symptômes, traitements, réinterventions) ;
- garder la trace de tous les arrêts de travail, pertes de revenus, aides reçues ;
- ne jamais minimiser vos douleurs et vos limitations lors des consultations de suivi.
Ensuite, avant de vous précipiter sur un formulaire CCI, prenez le temps d'un avis structuré, auprès d'un professionnel dont le métier est précisément d'analyser ces situations du point de vue des victimes. C'est le cœur de mon activité, en Île‑de‑France, mais aussi à distance pour le reste de la France et les DOM‑TOM, via les consultations en visio mentionnées sur la page Prendre rendez‑vous.
Ne laissez pas votre infection être racontée par d'autres
Une infection nosocomiale n'est pas qu'une ligne dans un registre hospitalier. C'est parfois la frontière entre une vie active et une existence réduite à composer avec la fatigue, la douleur, la peur de la rechute. Laisser d'autres raconter cette histoire à votre place, c'est prendre le risque qu'elle soit rabotée jusqu'à devenir méconnaissable.
Si vous sentez confusément que votre cas a été "banalisé", que l'on vous parle davantage d'"aléa malheureux" que de réparation, alors vous êtes exactement le type de patient pour lequel l'expertise de victimes a été inventée. La question n'est pas d'aller au conflit pour le principe. Elle est de refuser que votre vie soit corsetée dans un récit administratif qui ne vous ressemble pas.
Si vous avez besoin que l'on prenne vraiment le temps d'examiner votre situation, dossier en main, vous pouvez initier cette démarche via la rubrique Contact ou directement depuis la section Prendre rendez‑vous. L'infection, elle, appartient au passé. Mais la façon dont vous la ferez reconnaître, ça, c'est encore devant vous.