Fracture après chute sur trottoir dégradé : comment faire reconnaître votre dommage
Une chute sur un trottoir défoncé, une fracture, puis très vite une lettre d'assurance qui minimise tout : en France, les victimes de ces accidents de la vie privée se retrouvent souvent piégées dans un flou juridique et médical. Cet article décortique, sans fard, comment faire reconnaître vos préjudices corporels et reprendre le contrôle de votre indemnisation.
Un problème banal en apparence, mais qui ruine des vies
On imagine toujours l'accident grave sur l'autoroute, la carcasse de voiture, les pompiers. En réalité, une part non négligeable des dossiers que je vois en consultation concerne des chutes « bêtes » : trottoir affaissé, plaque métallique glissante, nid‑de‑poule gorgé d'eau, marche non signalée devant un commerce.
Le scénario est tristement prévisible :
- vous tombez lourdement, fracture du poignet ou de la cheville, parfois du col du fémur pour les plus fragiles ;
- les secours interviennent, l'urgence prime sur toute réflexion juridique ;
- quelques semaines plus tard, l'assurance de la collectivité, du syndic ou du commerce vous explique que la responsabilité n'est « pas clairement établie » ;
- on vous propose un dédommagement symbolique, voire... rien du tout.
Et pendant ce temps, vous ne pouvez plus travailler normalement, vous perdez des revenus, votre quotidien explose. On appelle ça un « petit accident de la vie ». C'est une façon polie de dire qu'on compte sur votre lassitude.
2025‑2026 : la dégradation des trottoirs, angle mort des politiques publiques
Depuis quelques années, plusieurs rapports officiels pointent la dégradation inquiétante de la voirie en France, en particulier dans les grandes agglomérations. À Paris, le sujet est devenu presque caricatural : pavés descellés, racines d'arbres, pistes cyclables improvisées sur des trottoirs déjà étroits.
En 2024, la Cour des comptes a encore épinglé la gestion des infrastructures de voirie dans plusieurs métropoles, avec un constat simple : manque d'entretien chronique, priorités budgétaires ailleurs, et une myopie totale sur les conséquences humaines. On parle pourtant de milliers de chutes par an, souvent chez des personnes âgées, mais pas seulement.
Or, cette réalité matérielle se heurte à une autre, beaucoup moins visible : la stratégie des assureurs et parfois des collectivités, qui consiste à contester systématiquement le lien entre l'état de la voirie et votre chute. Autrement dit : le trottoir est abîmé, vous êtes au sol, mais ce serait quand même « de votre faute ».
Responsabilité, faute de la victime : les arguments qu'on va vous opposer
Dans ce type de dossier, je revois toujours les mêmes éléments dans les courriers :
- « L'obstacle était visible et pouvait être évité »
- « Vous auriez dû adapter votre allure »
- « Aucune preuve certaine ne démontre que la chute est due à ce défaut de la chaussée »
- « L'état de la voirie ne présentait pas de caractère anormal »
Traduction : on tente de transformer un défaut manifeste d'entretien en négligence de votre part. C'est commode, ça coûte moins cher. Et si vous n'êtes pas accompagné, ça fonctionne très bien.
Ce qui est rarement dit, c'est que la frontière entre « défaut d'entretien normal » et « anormal » est souvent interprétée très largement en faveur du gestionnaire de voirie. Pourtant, quand une marche est invisible, qu'un trou occupe la moitié du passage piéton, ou qu'une plaque métallique flotte sur ses fixations, l'« anormalité » saute aux yeux. Mais encore faut‑il l'avoir documentée.
Tout commence sur les lieux de la chute : la bataille de la preuve
Dans un monde idéal, chaque victime penserait immédiatement à :
- photographier le trottoir, le trou, la plaque, sous plusieurs angles ;
- noter les coordonnées de témoins ;
- prévenir la police municipale ou les services techniques ;
- déclarer l'accident au gestionnaire de la voirie (commune, département, parfois syndic) et à son assurance personnelle.
Mais au sol, avec une douleur aiguë et parfois la honte de « s'être étalé », personne ne pense à monter un dossier probatoire. On se contente de souffrir. C'est précisément ce décalage entre la violence de l'instant et la lenteur du temps administratif qui joue contre vous.
Si vous lisez ces lignes après coup, tout n'est pas perdu :
- retournez sur les lieux, photographiez précisément l'endroit (avec un objet pour l'échelle, une règle, une chaussure, peu importe) ;
- demandez aux commerces alentour s'ils ont été témoins, ou s'ils connaissent d'autres chutes similaires ;
- sollicitez, par écrit, la mairie ou le gestionnaire pour signaler le danger et demander depuis quand la situation est connue ;
- faites noter, dans votre dossier médical, l'histoire précise de l'accident (lieu, contexte, mécanisme).
Vous trouverez sur la page Expertises la façon dont un médecin‑conseil sérieux prend en compte cette chronologie dans son analyse.
L'expertise médicale : le maillon sous‑estimé de votre dossier
Beaucoup de victimes pensent que tout se joue sur la responsabilité juridique. C'est une erreur. Même lorsque la collectivité ou son assureur reconnaît finalement sa part de responsabilité, l'essentiel reste à faire : chiffrer correctement les atteintes à votre intégrité physique, vos pertes de revenus, vos souffrances, vos limitations.
Sans expertise médicale indépendante, la mécanique administrative va broyer votre vécu dans une grille standardisée. On va :
- minimiser la durée de votre arrêt de travail « imputable » à l'accident ;
- écarter comme « antérieures » certaines douleurs pourtant réveillées ou aggravées par la chute ;
- retenir un taux de séquelles ridiculement bas, alors que votre quotidien a basculé (impossibilité de porter votre enfant, de reprendre un travail manuel, etc.).
Le rôle d'un médecin‑conseil de victimes, comme décrit sur la page Votre médecin, est d'entrer dans ce détail concret. À Levallois‑Perret comme ailleurs, ce sont les mêmes barèmes, les mêmes jeux d'écriture face aux assureurs.
Un exemple très ordinaire... et profondément injuste
Je pense à cette patiente reçue récemment en cabinet, tombée sur un trottoir bombé par les racines d'un arbre en région parisienne. Fracture du poignet droit, dominante, opérée avec broches. L'assurance lui propose quelques milliers d'euros en expliquant que « la consolidation est bonne ».
En réalité, cette personne, aide‑soignante, ne peut plus tourner un patient dans un lit sans douleur vive. Elle a mis fin à ses gardes de nuit, a perdu des milliers d'euros de revenus annuels, et sa carrière est objectivement amputée.
Sans accompagnement, elle aurait signé. Après une contre‑expertise rigoureuse, avec prise en compte de l'impact réel sur son activité, la proposition a été plus que doublée. C'est ça, le cœur du sujet : la réparation intégrale du dommage, pas un geste commercial.
Pourquoi les préjudices sont presque toujours sous‑évalués dans ces chutes
Ce que montrent les chiffres du terrain - et que reconnaissent du bout des lèvres certains rapports officiels - c'est que la très grande majorité des victimes non accompagnées reçoivent une proposition d'indemnisation largement sous‑évaluée. Le site le rappelle d'ailleurs : près de 90 % des victimes non accompagnées voient leurs droits rognés.
Plusieurs raisons à cela :
- les médecins experts d'assurance se concentrent sur l'imagerie et non sur le vécu fonctionnel ;
- les préjudices professionnels et d'agrément sont survolés, faute d'interrogatoire précis ;
- les douleurs chroniques sont banalisées, surtout chez les personnes déjà suivies pour d'autres pathologies ;
- les dossiers sont traités à la chaîne, sans réelle écoute.
À l'inverse, un médecin‑conseil indépendant va reprendre un par un les postes de préjudices tels que définis par la nomenclature Dintilhac (souffrances endurées, déficit fonctionnel, préjudice professionnel, besoin d'aide humaine, etc.) et documenter chacun d'eux sérieusement.
Pour une présentation générale de cette philosophie de travail, je vous renvoie à la page d'accueil du site, accessible via Dr Sébastian Marciano - Médecin‑conseil de victimes d'accidents, où la notion de réparation intégrale est au centre.
Comment une contre‑expertise peut retourner un dossier mal engagé
Lorsque l'assurance vous convoque chez « son » expert, vous êtes en réalité déjà dans un rapport de forces. Y aller seul, c'est accepter de jouer un match sans arbitre neutre. Vous avez le droit - et à mon sens le devoir vis‑à‑vis de vous‑même - d'être assisté par un médecin‑conseil de victimes.
Le déroulé type, que nous appliquons en matière d'expertises, est relativement constant :
- consultation en amont pour analyser le dossier médical, l'histoire de la chute, vos plaintes actuelles ;
- préparation d'un argumentaire médico‑légal écrit, structuré poste par poste ;
- présence à vos côtés le jour de l'expertise contradictoire ;
- rédaction d'un rapport critique lorsque l'expert d'assurance minimise certains aspects.
Il m'est impossible de compter le nombre de dossiers où un taux de déficit fonctionnel de 3 % ou 5 % a été porté à 8 %, 10 % voire plus après contre‑expertise. En langage humain, cela signifie des dizaines de milliers d'euros d'écart sur une vie, mais surtout la reconnaissance d'une réalité : non, ce n'était pas « qu'une chute ».
Si vous hésitez encore sur la nécessité d'un tel accompagnement, je vous invite à parcourir la rubrique Articles, où d'autres situations d'accidents sont analysées en profondeur.
Ce que disent (vraiment) les textes officiels
Les principes de responsabilité des gestionnaires de voirie, des collectivités et des personnes publiques sont largement détaillés sur des sites institutionnels comme service-public.fr. On y retrouve les conditions classiques :
- défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;
- lien de causalité entre ce défaut et le dommage ;
- dommage réel, certain, et justement évalué.
Sur le papier, tout est clair. Dans les faits, le diable se cache dans les détails de votre dossier médical et de votre parcours de vie. C'est là que l'expertise médico‑légale fait la différence, bien plus que telle ou telle subtilité juridique.
Pour un regard plus large sur les enjeux d'indemnisation des victimes en France, les rapports de la Défenseure des droits sont également instructifs : ils montrent, noir sur blanc, combien les personnes non accompagnées se retrouvent en position de faiblesse.
Ne restez pas seul face à la mécanique administrative
Une chute sur trottoir dégradé n'est pas un détail. C'est parfois le début d'une spirale : pertes de revenus, douleurs chroniques, conflits avec l'employeur, épuisement psychologique. Laisser la situation se régler « d'elle‑même » revient souvent à accepter, à terme, une forme d'injustice silencieuse.
Si vous êtes confronté à ce type de situation, prenez au moins le temps d'un échange structuré avec un médecin‑conseil réellement indépendant des assurances, capable de vous dire, sans langue de bois, si votre indemnisation est sérieusement alignée sur vos préjudices. C'est la philosophie qui guide mon travail depuis des années, en Île‑de‑France comme sur le reste de la France et jusque dans les DOM‑TOM.
Et si vous sentez que votre dossier est en train de vous échapper, n'attendez pas la dernière lettre recommandée : initiez dès maintenant une démarche structurée via la rubrique Prendre rendez‑vous. On ne refait pas le passé, mais on peut encore peser sur la façon dont il sera réparé.